Affiches
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AFFICHES vs PUBLICITÉ
Moi, avec les grandes photos qu'il a collées un peu partout dans la rue ces derniers jours, j'aurais bien aimé qu'il nous débarrasse en les recouvrant (au moins provisoirement) de toutes les affiches publicitaires de Paris – mais c'est décidément trop demander à un seul homme. Au moins avons-nous maintenant, pour arracher nos regards à la publicité lorsque nous errons dans la ville, les photos de V.B en plus des jolies filles ou des beaux garçons. (Et nul besoin d'entrer dans une galerie pour les admirer, entre esthètes.)
La photo de publicité suppose (souhaite) un monde fermé : rien pour elle en dehors des produits qu'elle propose, des supermarchés qui nous les vendent et des consommateurs que nous sommes quand nous avons la chance de n'être pas complètement fauchés. Elle prétend savoir mieux que nous ce qu'il nous faut. À ses côtés, les photographies de V.B. font un peu figure de fondrières, elles nous freinent, nous arrachent aux ornières et nous détournent du droit chemin (celui du supermarché, celui du bureau, celui de la galerie d'art), elles nous offrent un moment de doute et de suspens – lien avec 15 –.
Carte postale de Paris
C'est bien la première fois que je passe par une ville étrangère sans m'envoyer de carte postale! Mais Paris est-elle vraiment pour moi une ville étrangère? Si elle est peut-être moins originelle que Venise dont je suis depuis toujours en exil, elle est tout aussi familière que je m'y sens comme chez moi.
Ce jeudi 16 septembre 1999, je suis allé m'oxygéner à Paris (mais quel Parisien peut comprendre ça?). L'atmosphère de cette ville est de l'air en bouteille depuis qu'on me disait jadis, comme si c'était le fin mot, qu'avec des si, on mettrait Paris en bouteille. Et à défaut d'air pur, d'air vrai, de vérité; d'un tel air je m'en contenterai provisoirement, n'en déplaise aux puristes.
À Paris, tout y fait figure de théâtre, (le Français de Paris n'est-il pas un peu poseur?). En certains points de vue, rues et maisons forment un décor où les gens y semblent des personnages dont la présence physique est renforcée par le contexte scénique dans lequel ils évoluent. Leur corporéité évidente, quasi sculpturale, n'est démentie que par la vivacité du jeu, y compris pour les figurants immobiles au milieu de l'agitation.
Peuple en représentation permanente, le peuple de Paris me ravigote en corps et en esprit, esprit incarné par la volonté du gène, mauvais génie à l'oeuvre dans la nature afin de la rendre plus géniale.
À Paris, j'ai rencontré vincentb qui photographie les peuples pour leur restituer leur image multiple. Chacun se croyant seul, suffisant ou superbe, vincentb veut les articuler en grappe, en groupe, en gradin, en grève, pour que la beauté de l'un se reflète dans l'autre. Après quoi, il affiche ses photos dans la rue afin que l'art soit public sans être publicitaire.
À bientôt.
Michel Wauthoz lors d’un passage à Paris en 1999